Un récit en céramique entre histoire, mémoire et poésie
Sur les pentes du hameau de Bascio, dans la commune de Pennabilli, au pied de la tour médiévale pleine de charme qui domine la vallée, se trouve l'une des installations artistiques les plus évocatrices du Montefeltro : Les sept tapis en céramique.
Ces œuvres sont nées d'une idée du poète et scénariste Tonino Guerra et réalisées par le céramiste Giovanni Urbinati, dans le but de rendre hommage à des personnages historiques et légendaires qui, à leur manière, ont traversé ou marqué l'histoire de ces lieux. Chaque tapis raconte une histoire, un fragment de vie ou une apparition, entre réalité et imagination, à travers une composition poétique et symbolique.

Disposés sur la pelouse qui entoure la tour, ces tapis — en céramique émaillée, colorée et modelée — se présentent comme les pages d’un récit suspendu entre ciel et terre. Chaque titre est un petit poème visuel et chaque description, un écho de souvenirs entremêlés.
Les sept tapis
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Le tapis représentant le canard au cou bleu
Dédié à la la comtesse Fanina des Bourbons de France, qui épousa un capitaine de la famille Carpegna. Restée seule au milieu de ces collines, son esprit finit par se perdre dans la solitude. Le tapis évoque sa silhouette légère et mélancolique, telle un canard au cou couleur du ciel. -
Le tapis des vagues calmes
En hommage à Giotto, qui, depuis ces hauteurs — selon la légende —, aperçut pour la première fois l'Adriatique, saisissant « les premiers reflets bleus de la mer » et puisant son inspiration artistique dans l'immensité du paysage. -
Le tapis des pyramides rêvées
Dédié à Bonconte de Montefeltro, vaillant chef de guerre disparu au combat. La tapisserie représente « trente-cinq pyramides » comme des tombes idéales pour son corps, qui n’a jamais été retrouvé, emporté par le fleuve après la bataille. -
Le tapis des cathédrales abandonnées
Concerne le père Matteo de Bascio, fondateur de l'Ordre des Capucins. Il parcourt le monde en prônant le repentir et la rédemption, en criant « À l'enfer, à l'enfer, pécheurs ! ». Le tapis reflète sa foi ardente et son détachement vis-à-vis des fastes du pouvoir ecclésiastique. -
Le tapis de coquillages des montagnards
Dédié à Pouillot de la Faggiola, capitaine qui, depuis ces collines, contemplait l’Italie. Il fut tant admiré par Dante que celui-ci l’immortalisa dans l’Enfer. Les « coquillages des montagnes » évoquent sa vision large et le contraste entre son ascension et la dureté de son destin. -
Le tapis des pensées claires
Un hommage à Dante Alighieri, qui, selon la légende, en fuyant Florence, passa par cette tour pour se rendre à Ravenne. C'est de là qu'il aurait entendu, pour la première fois, « le bruit de la mer », signe d'un nouvel espoir. -
Le tapis des pensées sombres
N'oublie pas Ezra Pound, poète controversé qui a longtemps vécu à Pennabilli. Dans ces lieux, le tapis reflète son âme tourmentée à travers la phrase « là où la boue est pleine de cailloux », métaphore de son tourment intérieur et de la dureté de l'époque.
Un parcours entre art, poésie et silence
Les tapis de Bascio ne sont pas seulement des œuvres d'art : ce sont fragments narratifs, évocations poétiques, voix du passé qui prennent corps dans le présent. Se promener parmi eux, c’est franchir la frontière entre réalité et légende, en se laissant guider par les mots et les couleurs dans un paysage suspendu, où la mémoire prend forme.
